Pourquoi votre singe ne sera pas professeur de philosophie
Bonjour à toustes !
J'espère que vous avez passé de bonnes vacances !
Pour cette semaine, je vous envoie la suite de la réflexion commencée avant les vacances, au soleil, avec vue sur le lac, souvenez-vous ! Le post précédent donnait raison à la partie de la classe qui défendait la thèse selon laquelle nous sommes des animaux. Le post d'aujourd'hui donne raison à ceux qui refusaient cette thèse : la vérité est quelque part au milieu ! Il s'agit d'un texte du philosophe Michel Onfray. Bonne lecture et à bientôt .
Pourquoi votre singe ne sera pas professeur de philosophie Enfin, l'homme et le babouin se séparent radicalement dès qu'il s'agit des besoins spirituels, les seuls qui soient propres aux hommes et dont aucune trace, même intime, ne se trouve chez les animaux. Le singe et le philosophe se distinguent difficilement dans leurs besoins et leurs comportements naturels ; puis ils se séparent partiellement quand l'homme répond aux besoins par des artifices culturels ; en revanche, ils se distinguent radicalement par l'existence, chez les humains, d'une série d'activités spécifiquement intellectuelles. Le singe ignore les besoins de spiritualité : pas d'érotisme chez les guenons, pas de gastronomie chez les chimpanzés, certes, mais pas plus de philosophie chez les orangs-outangs, de religion chez les gorilles, de technique chez les macaques ou d'art chez les bonobos.
Le langage, pas forcément la langue articulée, mais le moyen de communiquer ou de correspondre, d'échanger des positions intellectuelles, des avis, des points de vue: voilà la définition réelle de I'humanité de l'homme. Et avec le langage, la possibilité d'en appeler à des valeurs morales, spirituelles, religieuses, politiques, esthétiques, philosophiques. La distinction du Bien et du Mal, du Juste et de l'injuste, de la Terre et du Ciel, du Beau et du Laid, du Bon et du Mauvais, ne s'opère que dans le cerveau humain, dans le corps de I'homme, jamais dans la carcasse d'un babouin. La culture éloigne de la nature, et l ́ arrache aux obligations qui soumettent aveuglément les animaux qui n'ont pas le choix. La façon de répondre aux besoins naturels et I'existence spécifique d'un besoin intellectuel ne suffisent pas pour distinguer I'homme des villes et le singe de la forêt. 1I faut ajouter, comme signe spécifiquement humain, la capacité à transmettre des savoirs mémorisés et évolutifs. L'éducation, la mise en condition intellectuelle, I'apprentissage, la transmission de savoirs et de valeurs communes contribuent a la fabrication des sociétés où les agencements humains se font et se refont sans cesse. Les sociétés babouines sont fixes, non évolutives. Leurs savoir- faire sont réduits, simples et limités. Plus I'acquisition intellectuelle augmente en I'homme, plus le singe recule en lui. Moins il y a de savoir, de connaissance, de culture ou de mémoire dans un individu, plus I'animal prend place, plus il domine, moins l'homme connaît la liberté. Satisfaire les besoins naturels, obéir aux seules impulsions naturelles, se comporter en personnage dominé par ses instincts, ne pas ressentir la force de besoins spirituels, voilà ce qui manifeste le babouin en vous. Chacun porte sa part de singe. La lutte est quotidienne pour s'arracher à cet héritage primitif. Et jusqu'au tombeau. La philosophie invite à mener ce combat et elle en donne les moyens.
Le singe-peintre par Chardin (XVIIIème)
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